500 boules plus tard.
Vol du retour. Je rentre. Je ne me bourre pas la gueule. Et je me couche. Demain à l’aube scanner.
Mon premier constat, toujours incrédule, que font tous ces gens dans les aéroports ? Ou vont-ils ? Pourquoi ? Qu’ont-ils dans leur valise ? Je crois que je ne comprends plus tout cette agitation humaine. On ne leur a pas dit le prix du baril ? Bon ok je m’inclus dedans. Mais j’ai tiré la conclusion qu’alors il y a quelques années, le voyage était presque toujours la promesse d’un ailleurs, que, désormais je préfère rester dans ma caisse avec mes lunettes de soleil. Voir les gens ok, mais de loin.
Dans le vol ce matin, je voyais le maire de l’autre ville du 06 (c’est comme cela qu’on parle de la ville voisine, et réciproquement, sans jamais la citer, tant ces gens se détestent), vaguement candidat à la présidentielle (aussi crédible que si la maire de saint Trop était présidente de l’AN, quoique) et j’admirais cette abnégation pour se taper tous ces vols low cost, tous ces gens ayant un truc à lui dire, pour exister à Paris. Il a une silhouette parfaite mais une vraie sale gueule.
Présentement, le vol du retour avec un bon gros mal de tête. La chaleur et l’absurdité. Ma journée s’est résumée à l’avion, Orly où j’ai attendu longuement après l’arrivée dans un frais relatif, la ligne 14 climatisée et le retour avec un détour pour relever mon courrier et constater la tristesse de cet appartement vide (et que les rues sont à nouveau aussi crades, après trois mois d’efforts le temps des municipales). En avance sur mon rendez vous, je suis allé jusqu’au terminus voir la gare de Saint Denis Pleyel prévue pour devenir un des plus grands hubs de métros du Grand Paris. Ce dernier n’a pas de secret pour moi, j’étais là à l’époque du grand 8 de sarko et des cigares de Blanc. Certains disent encore que le tracé d’une ligne tordue, pour desservir rien, plutôt que droite est de mon fait. Tordue comme moi. Bref. Saint Denis, la gare de la « nouvelle France ». Spectaculaire mais sans la qualité du détail. Et toujours ces matériaux qui restent cheap, même si organisés avec talent par un grand architecte. On dirait du mélenchon.
Sentiment de vide à l’issue de cette journée. Je suis à la fois fasciné par la jeunesse, le talent, le look de tant de gens croisés dans le métro. Et en même temps, ai-je envie d’être là, d’etre parmi eux ? Non. Je ne crois pas en tous cas.
Comme d’hab, j’avais surpréparé l’entretien. J’ai appris à paraître spontané, à l’aise, détendu, alors que j’ai toutes mes fiches dans ma tête. Cela a toujours été mon truc. Maîtriser chaque détail et ne surtout pas le montrer. Je serai incapable de jouer mon rôle si j’y allais en dilettante. Sur préparer a toujours été mon truc, pour masquer mon vide intérieur ?
Deux femmes, un mec des RH. Des bonnes kileuses, avec le CV qui va bien. X ponts pour l’une. Mme de X de Y pour la seconde. La vieille noblesse, je sais faire. Et rien de plus facile que de manipuler une bonne fonctionnaire sure d’elle pour l’autre.
Très beau poste. Très beaux enjeux. Bien complexe comme mon cerveau aime. Un programme à 10 chiffres sur 10 ans. Peu ou pas d’équivalent en France. Evidemment des jeux d’acteurs, des bâtons dans les roues partout que la polytechnicienne appréhende avec sa rigidité (meme si très brillante).
J’ai rassuré. Non, je ne suis pas surdimensionné par le poste. Oui, je veux quitter des fonctions de dg pour de l’opérationnel. Oui, je reste calme en toutes circonstances. Oui, je sais tenir un non non négociable (sans doute ce que je préfère d’ailleurs, j’adore les rapports de force surtout si c’est moi le méchant). Oui, je sais accompagner des équipes en les laissant vivre. Oui, j’ai une force de travail sans limite. Etc.
A la fin, on me dit je suis le meilleur profil. Que mes réponses aux questions pièges sont parfaites. Elles parlent au futur. Qu’elles reviennent vers moi d’ici la fin de la semaine, etc.
Est-ce que cela veut dire oui ? Probablement, elles sont (trop) droites dans leur botte pour la feinte, en tous cas je pense.
Est-ce que j’en ai envie ?
C’est évidemment la question.
Et ce qui me vient c’est que je crois que je préfère voir les gens depuis ma voiture meme si je m’ennuie ferme dedans. C’est horrible j’en conviens, mais je crois que je ne peux plus avec la proximité du métro et du train qui irait avec pour descendre dans ma cambrousse.
Est-ce que cela s’appelle la qualité de vie ? A un moment, elles m’ont dit c’est bizarre de quitter une qualité de vie à Nice pour Paris. J’ai dit c’est le contraire. Que Paris c’est chez moi. La vie culturelle, tout ca. Mais ce n’est plus tout à fait vrai.
Et puis cela veut dire retrouver un écosystème qui fut le mien. Retrouver des gens que j’ai fuit et qui forcément reviendraient mendier compte tenu du nombre de zéros à investir. Je suis partir me refaire une virginité à un endroit où je ne connaissais personne. Pas sur que le retour soit opportun. Je repense à cette phrase d’une série dont j’ai tout oublié sauf « les oiseaux se cachent pour mourir ».
Enfin l’âge. Dans l’ascenseur j’ai vu ma gueule. Je pense que j’aurais 10 ans minimum de plus que tout le monde. Et ce que cela me gene ? Non je sais que je suis un survivant et que ma résistance est supérieure à la norme. Que pas un n’aura vécu ni ne vivra le quart de ce que j’ai traversé. Je pourrais raconter mes blagues salaces (quoique pas sur qu’on ne parle pas en inclusif).
Si je simplifie l’équation :
Le poste est super, bien torturé comme j’aime et comme je sais faire. C’est un vrai poste, même si on pourrait se dire encore que dans mon parcours, une fois encore ce n’est pas linéaire (mais mon cv le dit dejà meme en ayant supprimé beaucoup de postes).
Il est à Paris et là, je ne suis pas sur d’etre prêt à sacrifier mon petit confort et me retaper les trois heures de tgv deux foi par semaine (et les retards et le budget qui vont avec).
Ai-je envie de rester dans mon trou à rat sous le soleil ?
Le trou, il est devenu presque confortable tant je l’ai modelé à ma manière (shrinking profile, on pourrait dire de moi comme shrinking city pour Détroit) et donc c’est pas si simple de dire non en vrai à ça. Je me suis habitué.
Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Je vois bien que j’ai mon petit impact au local. Que je commence à avoir ma réputation (de pas facile).
Le soleil et la mer ? Je n’ai jamais été aussi blanc que depuis que je vis à Nice. Et je ne me suis pas encore baigné dans la mer. Donc j’aurais envie de dire oui mais j’en profite si peu. Comme me disait un élu récemment, on ne verra jamais un vrai niçois (aka 8 générations) se baigner sur la Prom.
Pour autant, j’ai dit la brutalité de ce qu’il se passe au local. Dernier des Mohicans ou presque. Et ai-je envie de travailler pour ces gens ? Pas vraiment.
Pas sur que j’aurais dit la meme chose si ce rv n’avait pas été au cœur de l’été, un jour irrespirable à Paris. Si je me relisais, je pourrais sans doute lire que cet hiver, le retour à Paris était un invariant tant je ne voulais plus rester chez les dingues.
Pas sur que la séance de demain avec mon psy suffise à clarifier le chemin.
Et et en meme temps, pour l’instant y a rien à clarifier puisque ce n’est pas un oui.
Et qu’accessoirement j’ai été contacté pour un autre poste, dans mon sud, le seul vrai, celui de la Provence.
Sans doute qu’on peut résumer le fait que je m’ennuie tellement dans la vie que je passe mon temps à candidater à des postes. Voir si l’herbe est plus verte ailleurs.
Accessoirement cette journée m’a couté une blinde : vol Transavia hors de prix et Apple Pencil lost.
J’atterris et il fait 34 à Nice à 21h30
TBC.


Fais gaffe Studio 54, tu es sur le chemin de devenir un vrai provincial (qui préfère rester dans sa cambrousse même moins payé et avec un job moins bien)!...