Game over
Un jour de plus. Ou de moins, c’est selon.
La gravité a ruiné tout effort et j’ai donc rejoint mon canapé. Dernier jour, demain à cette heure, je serai rentré dans ma cambrousse.
Séance pas inutile aujourd’hui chez mon psy. J’ai commencé en lui disant que j’ai le sentiment d’etre en deuil.
Et que ce sentiment est surmontable. Que j’en suis soit au stade du renoncement, soit au stade de l’acceptation.
Deuil d’une part de ma vie. Sauf que j’ai dit deuil de ma vie. Et je crois que cela fonctionne aussi.
Suis bien obligé de constater que des choses se terminent. Et je n’ai jamais aimé les fins. J’aime l’inconnu et l’excitation du début. J’aime le coeur de l’action. Mais la fin, qu’elle soit triste ou mièvre, non.
Tout cela se passe dans le calme. Sans bruit excessif. C’est ouaté. Je crois que je m’observe dans ce déclin. Je suis devenu mon spectateur, le seul, le dernier, tous les autres sont partis, le rideau est tombé (ref à Dalida).
Et tout cela est un peu triste. J’expliquais à mon psy que P. vient de passer plusieurs jours à la cambrousse avec des amies argentines. Son ami d’adolescence et sa fille qui est sa filleule. Cette dernière vit à Madrid, vient plusieurs fois par an et ils sont très proches. Sa mère vit à BA et après avoir été longtemps fâchée avec P. l’a retrouvé. J’ai suivi de loin mais tout cela a semblé intense. J’avais fait la cuisine pour le diner à leur arrivée samedi soir. Avec bcp de rosé.
Et rebelote dans quelques semaines, la filleule revient avec son père cette fois qui vit à Mexico. Le père était l’autre ami d’ado de P. Ils ont eu trois enfants jusqu’à ce que le père parte. En suivant son IG, on ne peut que constater que ses amants sont probablement plus jeunes que ses trois enfants. L’argent coule à flots et il a donc réservé un bateau pour faire le tour des calanques le 15 juillet avec P. Moi j’ai dit que le 15 juillet je travaille. P était un peu déçu.
Et j’expliquais à mon psy que tout ce petit monde parle un peu trop fort, est un peu trop exalté à mon gout. Que face à des gens qui vivent, qui profitent de la vie, ma préférence va au retrait. À l’effacement. Je sais la beauté des calanques et d’un bateau au large sur la Méditerranée. Qu’est ce qui me conduit à préférer le retrait? Le fait de l’avoir déjà fait quand j’étais jeune et frais? Non. Le fait de devoir jouer un role social? Oui certainement.
Pour autant et comme je l’ai dit, probablement à 30 ans, je rêvais probablement de la vie que j’ai aujourd’hui. Une belle maison dans le Luberon. Une vie à Nice. Un mari. Alors ok pour le taff, je ne me projetais pas là mais suis bien obligé d’admettre que c’est la résultante de bcp d’opportunités gâchées. Que j’ai gâchées pour etre exact. Par mon coté toujours plus. Plus d’exigence, plus d’argent, plus d’excès. Le résultat est pas beau à voir mais j’ai survécu. Et surtout, et cela m’a pris du temps, j’ai digéré.
Le seul truc en vrai qui déraille c’est les niçois. Cf. mon écrit d’hier. Et là mon psy qui se livre peu m’a dit « mais tout le monde vit cela ». Et m’a expliqué tous ses patients se plaignaient de cette arrogance. Et que lui meme, parisien d’origine, le vivait. D’un seul coup, j’ai senti la foule silencieuse. J’ai pas eu le réflexe de demander si on parlait de Nice, de la Côte d’Azur, ou du sud. Perso je pense que le comté de Nice a ses spécificités.
Et donc pour autant, comme je suis solitaire, je m’en fous des niçois. Et que je vois bien que je me suis créé un ancrage dans le sud, moi qui ai perdu toute racine au gré des déménagements, nombreux, de Lyon à Annecy puis à Paris. Que cet ancrage n’est pas hérité, mais c’est moi qui l’ai construit et c’est lui qui me tient la tête hors de l’eau. C’est lui qui me fait rester envie, pour demain à 16h me casser d’ici, m’ennuyer ferme sur l’autoroute, me taper les bouchons d’Aix et enfin, voir si les tomates ont commencé à rougir.
Je suis vaguement revenu pendant la séance sur l’abandon du père tel que décrit hier. Il a dit un truc juste: on ne sait pas si c’est moi qu’il a abandonné ou si c’est la vie qu’il avait avec ma mère. Et j’ai convenu que je pouvais comprendre ce second point. Moi je n’ai pas eu cette chance et j’endure son hystérie et sa toxicité depuis bientôt 56 ans.
Au final, tout cela importe peu. C’est un passé, digéré. Y compris ma mère qui me laisse des messages pour me dire que ce n’est plus possible et qu’elle veut changer d’Ehpad. Je ne rappelle pas. Tout cela est devenu trop lourd. Sa fuite a toujours été sans fin et elle le restera jusqu’à sa mort. J’ai découvert qu’elle avait donné tous ses vêtements à des aides soignantes et qui me demandaient si j’étais d’accord. Et moi pendant ce temps, chaque semaine, j’achète des nouveaux trucs.
Au taff, je continue le jeu du chat et de la souris (je suis la souris). Aujourd’hui, on me demande mes intentions. Objectivement, je serais tenté de dire que tout se passe au mieux, au regard du contexte sus décrit et des autochtones avec lesquels j’interagis toute la journée, tous ornés de chapeaux à plumes (ou de rolex, c’est selon). (Sauf que ces cons ne voient pas que la mienne plus discrète, portée par Obama, vaut trois le prix de la leur. C’est à peu près tout ce qui me reste. Avec quelques autres ok)(ca c’était une vraie phrase de connard parvenu parisien, j’en conviens). Et donc je ne réponds pas. J’attends de voir. Je finirai bien par etre fixé.
Et alors meme que quand je dis cela, je me suis abonné à absolument tout ce qui était possible en opéras et théâtres à Nice et MC pour la rentrée prochaine, histoire de tenter de me sortir; et signifiant implicitement que je me projette? Et que pour autant, je serai à Paris mardi prochain, surtout pas pour voir le truc lvmh du Pont Neuf, mais pour un entretien. Poste bien sous tout rapport. Pas activé encore mon réseau des 41,52% qui a une grosse dette envers moi (payable en bijoux si besoin) et qui peut aider à faire fonctionner le truc. J’ai hésité à y aller. Payer 350 euros pour Transavia, c’est dur (je ne le dis pas souvent mais je suis un rat.) et ce soir je vois une publication sur LinkedIn par la grande cheffe à plume que je vois donc la semaine prochaine. Et ok, c’est du lourd. Ai je le profil? Parfaitement. Suis je à la hauteur des attentes? Sans doute. Aurais je le poste? Sans doute pas. En ai je envie? Non. Ne me demandez pas « bin alors pourquoi t’y vas? », je suis incapable de résoudre cette équation.
Dans le silence, parfait, de mon appartement, sous la Clim, je regarde la nuit tomber. A 22h ou avant, j’aurais pris mon somnifère (et le plus léger, il compte pas vraiment) et je mettrai petit bambou, comme depuis 10 ans je pense, que je n’écouterai pas.
A un moment, il faudra opter pour le retrait du monde ou la vie. A ce stade, je n’ai de courage pour ni l’un ni l’autre.
Cela ne me rend ni triste, ni angoissé et c’est ca qui est nouveau. Et puis sans alcool, la fete est moins folle (pas une goutte qui traine. Je devrais réactiver mon idée d’aller au AA, peut etre un moyen de me sentir moins seul).
La fete est finie, comme on dit ici depuis mars.




J'ai envie de te rappeler que toutes les fins mènent à de nouveaux commencements... mais ton psy t'as certainement déjà dit ça...
Pourquoi postules tu si tu souhaites rester vivre dans le sud ?