Loft.
Je m’interroge sur la récurrence des lundis.
Autrefois, je crois que je ne voyais aucune vraie limite entre la semaine et le week end, tout se vivait dans une continuité. Possiblement l’effet de l’alcool. Probablement parce que je n’ai jamais bien sûr faire de frontière entre vie privée et taff dans un mélange des genres plutôt toxique.
Dans la sphère publique, je passais mes week ends avec des comme moi. A plus ou moins coucher. Je me marre de la directive sur la consommation de drogues en cabinet (je peux citer une douzaine qui s’ils n’ont pas changé de vie radicalement doivent tout tenter pour éviter le test salivaire). Ca sent qu’on approche 2027 et que le seul enjeu désormais est celui de la mémoire. Dans la sphère privée, je passais une partie non nulle de mes week end quelque part ailleurs ou dans l’avion. Depuis que je suis revenu à la sédentarité et où ma mobilité se limite à 200 km de l’est à l’ouest de la région paca, la frontière est devenue plus matérielle, quelque part dans le Var.
Bon évidemment, sauf demain où je vais à Paris. Pour un poste très intéressant sur les enjeux. Où je suis possiblement une caution ou un joker. Mon psy me mettait au défi aujourd’hui de ne pas y aller puisque je lui dis que je n’irai pas. Il souligne que je vais me mettre encore dans une situation impossible si je suis pris. J’ai dit on verra le moment venu. Pour autant, je pense que les images du canal saint Martin ce week end comme les 40 degrés de demain me renforcent finalement dans l’idée que Paris n’est plus pour moi après avoir tant dit le contraire précédemment.
Préoccupé par ma santé, j’ai donc fini par faire mes analyses. Résultat rien. Pas une donnée en gras car en dehors de la norme. Mon médecin m’a envoyé un message sur Doctolib pour me dire « bio parfaite, cher V. ». Mercredi je ferai scanner. Je sais que je suis un crevard (plutôt qu’une crevure); je vois mal au fond ce qui pourrait affaiblir ma résistance.
Week end doux au bord de la piscine. En écrivant cela, je repense à ma grand mère maternelle qui écrivait chaque jour dans son agenda son programme «suis passé chez Marthe, pas là. Acheté une tarte aux abricots en rentrant, délicieuse ». J’en ai gardé un de carnet. Et on voit l’évolution au fil des années. L’écriture. La fréquence. Le contenu. Une évolution en accéléré. Morte d’alzheimer en chantant à tue tête dans sa chambre d’Ehpad « je vous salue Marie » avant de crier « va t en » quand on passait la voir.
Maintenant c’est ma mère et on prend le meme chemin. Samedi chez moi. Crise, je veux mon argent, je veux dormir à l’Hotel, je veux changer d’Ehpad, tu me voles, je vais aller à la gendarmerie, etc. Suis resté calme et l’ai ramené aussitôt. En voiture, elle voulait ouvrir la portière. Ca va elle fait 37kg, je pouvais la retenir. Les infirmières ont été bienveillantes « Ce n’est pas sa faute, c’est sa maladie », « dans ces cas, c’est le mieux à faire, vous la ramenez, on la gère ». Une m’a dit aussi que je suis le seul enfant à venir autant chercher ma mère. Je les vois bien les pauvres autres vieilles. Si ma mère était pas si rabat-joie, je me dis que j’aimerais en sortir une autre pour le dej pour lui faire plaisir mais ma mère ferait trop la gueule. J’ai rien dit mais elle me pourrit l’existence dans ce face à face mortifère qui n’en finit pas. P. qu’elle a profité pour insulter aussi, m’a dit qu’il ne comprenait pas que je continue ainsi à m’occuper d’elle au regard de ce qu’elle me fait subir. Je crois que je vois juste qu’elle est malheureuse et cela me déchire. Hélas je ne peux pas grand chose de plus (sauf la pousser dans la piscine).
Dimanche matin, mon rituel c’est d’aller tot mettre ma voiture électrique (pas une Aston martin hélas, ma voiture préférée) au village. C’est une voiture de fonction, je suis un rat (pauvre) et donc je vais pas payer quand meme. Je vais la poser avec M. et on rentre tous les deux, cela lui fait une promenade matinale et on s’arrête invariablement devant un poulailler où il admire les oies et les dindes. P. Pour une fois levé tot a voulu venir. J’étais pas pour mais n’ai rien dit. Et là, café dans le village désert, retour en prenant tout en photo pour IG (cela fait 15 ans qu’on est là et tout a déjà été photographié 100000 fois), j’ai senti une contrariété. J’étais incapable de jouir de l’instant présent, de me promener à la fraîche avec chien et mari dans mon village de carte postale. P. Me l’a dit. J’ai nié bien sûr.
Ce soir il a organisé un diner avec 20 personnes. Je ne suis pas là bien sûr. J’ai passé ma journée d’hier à faire des tartes, à la tomate, aux poivrons, aux abricots, à la rhubarbe. J’aime ca, faire la cuisine. Et je médisais que c’est quand meme bizarre de passer mon temps à faire ça pour des gens que je ne connais pas et à un moment où je ne serai pas là. Je sais P. Incapable de s’organiser pour une telle logistique, cela ne me coute pas. Et puis les cameras installées à peu près partout depuis le cambriolage me donnent un parfait point de vue. Cela me suffit. Faut pas juger. Je coupe le son, c’est un peu gérant de les entendre trouver la tarte à la tomate trop bonne.
Moi j’ai bossé, comme un bon soldat. Je prépare une réunion importante du 1er juillet. Ayant épuisé les charmes des notes d’arbitrage, suis passé à une autre version. Je vois bien que j’ai l’impression de savoir jongler avec 5 balles tellement je maitrise les sujets. Ma seule stimulation pour mon entretien de demain, c’est précisément de devoir m’adapter. Un peu trop vieux, trop expérimenté pour le poste. Comment convaincre? Comment donner à voir ce qui rassure? Juste pour séduire et avoir le sentiment d’etre le moins mauvais, puisque je n’ai aucune intention d’y aller. A croire que j’aime souffrir.



J'aime l'idée d'utiliser les caméras de surveillance pour checker le succès de tes plats.
<3
Juste pour le plaisir de se compliquer la vie un peu plus histoire de corser le jeu (et de donner encore plus de boulot à la psy!)