Mon sud
Version cagole ou bimbo
Alors que, brutalement, on rentre dans l’été, j’aimerais une fois n’est pas coutume ne pas parler que de mon nombril mais parler de ce sud, le seul le vrai à mes yeux, qui va du delta du Rhône à peu près à la frontière italienne.
Pourquoi donc? Eh bien parce que, comme je suis influençable, j’ai acheté ce soir pour un prix déraisonnable un nouveau parfum. Metal Lavender de la marque que je ne connais meme pas, Matière Première. Pas pour le coté Métal mais pour cette odeur entêtante l’été des lavandes qui sont déjà presque en fleurs. Cette odeur addictive a longtemps été celle de mon endormissement quand j’avais encore le courage de mettre quelques gouttes d’essence de lavande sur mon oreiller. Je me dis que j’irai à Valensole début juillet.
Et parce que je sais bien que j’ai un besoin d’ancrage. Je vis dans google earth. Je sais exactement me positionner d’instinct dans l’espace. Et que ce sud, est celui dont j’ai sans doute revé toute ma vie.
Enfant je l’ai déjà dit ma famille paternelle avait une maison à Gassin, quand cet endroit était déjà branché mais pas envahi par les hélicos tout l’été. Rien jamais à mes yeux n’égalera jamais la plage de l’escalet, la plage de pampelonne, celle de Gigaro. J’y ai tous mes souvenirs d’enfant, d’insouciance, de la méhari pour aller à la plage, des pique nique aux moulins de Paillas. C’est là que mon frère est enterré et pour quelqu’un de totalement déraciné, cela reste le lieu où je reviens toujours et encore meme si je n’y ai plus d’attaches depuis longtemps. J’y serai dans deux semaines pour quelques jours avec P et M avant le total envahissement de l’été.
Un peu plus tard, ma famille toujours paternelle (celle de ma mère, haut savoyarde n’en avait pas les moyens) a eu aussi une maison à Lacoste dont je n’ai jamais vraiment su à qui elle appartenait. J’avais 10 ans, mes parents nous laissaient et je me souviens d’avoir pleuré toute la nuit. C’est la Provence, la vraie, aride, rustique, le bruit entêtant des cigales, les pinèdes, la chaleur qui écrase à l’heure de la sieste. C’est de l’autre coté du Luberon qui je me suis établi. Dans un environnement un peu moins scénique que le face à face Lacoste Bonnieux, dans la vallée de la Durance, à Lourmarin.
Ma mère vivait là depuis 20 ans, j’avais réussi à la convaincre de s’y installer au gré de ses postes dans l’éducation nationale. J’ai acheté en 2018 une maison qui est tout pour moi désormais. Où je me suis créé mes racines. Les lavandes poussent, comme les oliviers. Et c’est cette beauté rustique, ce calme aussi (en fuyant aussi le village tout l’été, envahi de touristes habillés de lin et de chapeau de paille), cette indolence, cette nature qui se replie doucement sous le mistral ou la chaleur de l’été qui me font me sentir chez moi. Alors aux yeux des vrais locaux, je suis moi aussi et pour toujours un parisiaing. Mais je porte une reconnaissance éternelle à la bnp qui m’a prêté 115% du prix d’achat et qui m’a permis de créer ce paradis.
Je crois qu’en vieillissant je préfère encore le soleil d’hiver, le froid mordant, la nature à l’arrêt. Mais je ne suis que gratitude de pouvoir vivre entouré de cette beauté. Cette maison qui peut aussi devenir une prison et qui fait que P et moi sortons finalement très peu. Je ne suis jamais allé à Carpentras, à Vaison et tous ces endroits du nord de Vaucluse. Je me limite à quelques sorties à Aix qui est à 30km, surtout en juillet pour le festival, à Marseille (meme si je reste assez faché avec cette ville pour des sujets qui appartiennent à une époque désormais révolue) parfois pour un opéra ou une opérette, à Avignon là aussi pour n’importe quel spectacle dans la cour d’honneur car je suis atrocement snob et meme (surtout) si le spectacle dure 4h30. rarement à Arles, si beau et défigué par la tour de la fondation Lumas, sur le chemin pour les rencontres de la phot en passant pour aller cul nu à la plage de Piemanson ou de l’Espiguette. Mais c’est rare, très rare. P préfère le textile à Pampelonne. Moi je préfère etre dans la chaleur sans appel des plages sans fin où la chaleur fait vriller le sable. Où j’ai moins de souvenirs aussi. A un moment j’ai pensé à Aiguës Mortes mais trop loin, trop étranger à ma culture.
Et puis enfin, bien sûr, la Côte d’Azur. C’est plus difficile à dire. En 2010, parce que ma mère finissait l’hiver anorexique dans la cambrousse, j’ai acheté un appartement à Nice. Très bien l’appartement. Ma mère y passait l’hiver. J’y allais avec P et M (comme Max, le premier toutou) l’été. En train, depuis Paris. Cela n’a rien changé pour ma mère, in fine, et j’ai vendu dans une certaine urgence après l’attentat car mes voisins étaient morts et surtout parce que j’avais peur de ne plus avoir les moyens de payer, ce qui s’est avéré vite sans objet mais c’était fait.
J’ai aimé Nice, Castel Plage, la Hi beach à l’époque, le caractère international de cette ville, et puis bien sûr les journées à Eze, à Roquebrune et le cabanon de Le Corbusier, Menton, le ski à Isola 2000 ou Auron. Et donc par fuite de Paris ou plus exactement pour éviter de voir ma chute professionnelle dans le regard des autres, je suis revenu ici. Entre temps, j’avais signé une promesse d’achat pour un appartement à Cannes qui est une ville moins clichée qu’on le pense et qui ne se réduit pas au folklore de la Croisette. Je me suis rétracté. Je repense souvent à ce que j’aurais pu faire de cet appartement.
Et donc je suis là. En haut de la grande corniche. Au milieu de nulle part et surplombant la ville. Dans cet appartement où la pose du parquet a été stoppée net au milieu du salon il y a deux ans. À 5km de la rade de Villefranche et de Saint Jean Cap Ferrat où je ferai, peut etre, un jour du paddle. On aura compris que je ne me plais guère ici, sans doute par assimilation de cet environnement à mon travail. Et on peut dire que ca sent moins la lavande, on n’est pas à Grasse.
Et pourtant, malgré tout, je crois que je ne quitterai jamais complètement cette ville en dépit de mon peu d’affinités pour le niçois (on dit désormais plutôt nissart, ou niçois depuis 8 générations; la préférence locale ayant le vent en poupe). Parce que je lui connais peu d’équivalent. Barcelone bien sûr mais no hablo catalan. Rares sont les villes, d’une taille digne de ce nom, vivables et face à la densité du bleu de la mer. (Cf. Supra, j’ai déjà tenté Marseille et c’est pas possible).
Et donc alors que se rouvre la perspective d’un poste à Paris, je me dis, avec une conviction de plus en plus grande, que cela ne va pas etre possible. J’aurais l’air de quoi sur ma ligne 3 à sentir la lavande ? (Et non c’est pas du Axe).



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