On stage.
Le ressort a perdu de son élasticité. Il amortit encore les chocs. Mais c’est moins fluide. Il revient à sa position originale mais ca prend plus de temps. Plus d’oscillations.
On dirait moi, le ressort.
J’encaisse bien. Je processe. Et je restitue. Mais le prix est lourd à payer.
Et c’est assez nouveau chez moi, alors que je suis du genre à serrer les dents (en vrai, à me plaindre et à serrer les dents), ben là je n’ai plus trop envie. Je me demande si le jeu en vaut la chandelle. Si tout cela est juste pour moi. Si cette façon d’amortir les chocs est réellement sans conséquence pour moi.
Ca marche aussi avec un culbuto; la stabilité en plus. Mais bon j’assume pas trop la silhouette.
En synthèse, je m’accroche car pas le choix, mais suis un peu vide. Je vois bien qu’à l’issue de journées denses, où j’absorbe les violences, les digère et les restitue en faits objectifs, dépassionnés, tout cela me laisse sans énergie, sans fluide. Lessivé. Avec peu ou pas d’énergie pour ce qui reste, qui devrait etre l’essentiel. Je crois bien en outre que la violence va aller crescendo et, autant avant cette perspective de combats me motivait (le rocky Bilboa en moi), là, maintenant, le grand age venant, que je sais que tout est vanité, je serais presque à déclarer forfait.
Et donc, un peu malgré moi sans doute, je laisse venir, n’ayant de toute façon aucune maitrise sur ce qui vient. Et me disant surtout que s’il faut lâcher, je lâcherai. Je n’ai plus de temps disponible pour toujours lutter. Plus d’énergie. Pour etre plus exact, plus d’envie de consacrer mon énergie à ces jeux de dupes.
Alors évidemment qu’est ce qu’il reste? Parfois, ce vide est vertigineux.
A vrai dire ma seule attente (impatience serait plus juste) serait de ne plus travailler, de m’acheter un camping car (version luxe) que P. conduirait (je m’ennuie trop au volant) et on ferait du slow tourisme. Avec plusieurs chiens idéalement. C’est quand meme, au regard de ce que j’ai pu traverser et vivre, une drôle d’ambition. P. n’est très chaud. J’imagine que m’avoir le dos dans 5m2 l’angoisse un peu.
C’est bizarre l’âge. Je n’ai pu m’empêcher de me dire, le week end dernier, que dans 21 ans j’aurais l’âge de Nathalie Baye morte. 21 ans c’est court. Combien de vrai temps me reste t il à vivre?
Comment transformer ce temps en un temps utile pour moi? J’ai trop peur de finir aigri et malheureux comme ma mère. C’était l’objet de ma séance de lundi avec mon psy. Je lui ai dit que j’en avais marre de geindre. Il m’a proposé de me reprendre désormais quand je m’enferme dans ses séances à me regarder le nombril.
Il m’a proposé de me prêter un jeu d’échecs. J’ai dit merci, et suis allé en acheter un. Il trône sur la table devant moi. Prendra t il la poussière?
Il m’invite à quitter tout ce qui est inutile. Mais tout est inutile! J’aime son idée de l’ascèse. Mais forcément comme tout est jeu chez moi, je me vois déjà aller me cacher chez les prêtres dans le couvent de l’Ile saint honorat (oui tant qu’à faire, je vais pas aller dans la Meuse ou à Mulhouse!). La question que je sais mal formuler est de savoir si je sais vivre, une fois les projecteurs éteints. Enfin les projecteurs que je me crée. Les scénarios qui hantent mon esprit. Je ne sais pas ce que c’est ou ce serait de vivre selon mes envies. Tout est mis en scène.
Je suis allé marcher brièvement ce soir sur la Prom. Mais qui sont tous ces gens? D’où viennent ils? Quelle est leur vie? En vrai suis pas sur que cela m’intéresse, je n’aime que le romanesque. Mais je me sens un peu seul au milieu de cette foule qui semble heureuse de déambuler. La passegiata. Le charme de l’Italie en moins, la vulgarité en plus. Je me sens comme un étranger dans cette ville mystérieuse, fait de beaufitude, de très pauvres et de très riches, et surtout de touristes débarqués à coups de low cost. Eux aussi ils ont droit à la Riviera, version pacotille.
J’ai vaguement regardé les marches de Compostelle. Je voudrais faire un truc dans l’Aubrac que je connais un peu. Faire face aux éléments. Sentir mon corps. Mai j’ai regardé les gites. Moi je sais pas partager une chambre avec des inconnus et mis à part des dortoirs, y a pas grand chose. Je suis sur que cela doit exister. Là ce serait sortir du role. A suivre


Je veux juste dire que j’aime te lire. Tu ne geins pas, tu t’interroges dans un monde où beaucoup n’ont plus le courage de le faire.
Mulhouse 😉
Ta région est si belle je comprends l'envie d'y rester (même si je n'y retournerais jamais).
Tu es es sans cesse en mouvement, en déplacement surtout. Est-ce qu'un comportement ascétique ne serait pas aussi de se poser ? Sans stagner, juste se poser, construire quelque chose de plus doux ? J'imagine que c'est un sacré défi pour toi.
L'envie d'ascèse est fréquente ici aussi mais elle doit avoir un sens dans nos propres vies. J'aime tes réflexions tes revirements même si parfois je sens poindre une forme d'errance. Difficile de se recréer un rythme qui nourrit et ne remplit pas juste de vide.