Purgatoire.
Le lundi c’est pas ravioli. Pas Rivoli non plus d’ailleurs, retour à Nice où cela sent sérieusement le sapin. Le carnaval est fini. Dieu merci la semaine se termine mercredi soir. 3 × 5 H dans la semaine, best taux horaire ever. Tout cela ne va pas durer.
Pour autant, je ne peux que constater que je suis dans un état d’excitation mentale qui est dur à canaliser. La semaine dernière, j’ai bcp travaillé pour un autre sujet, parisien. Rien de très compliqué, mais mené en un temps record, mobilisant quelques personnes avec des demandes partant dans tous les sens.
J’ai appris, il y a longtemps, d’une nièce de Chirac qui a été un temps mon mentor comment faire du beau, du convaincant, du « qui plait » à partir de rien. Cela se résume à la forme. Plus un dossier est vide, plus les bullet point, les chemises, les sous chemises, les étiquettes font le job. Évidement je parle de mon univers où le circuit des parapheurs et la « comitologie » pour parler des types de réunions est un langage codé. Best leçon ever. Et je m’en sers bcp. Je fais toujours des odj, des dossiers, des sous dossiers. Et là plus que jamais, un joli papier cadeau sur de vagues idées ont suffi à plaire et à créer le buzz.
Ma journée de vendredi à Paris pour la journée (pour une cocotte Staub certes, qui by the way est super) s’est avérée très productive. On a commencé à parler de la suite. De ce que je veux (le cas échéant). Et c’est là évidemment que je commence à perdre pied.
J’ai appris de ces années passées à Nice à reléguer mon égo, à me dire que tout cela est derrière moi désormais et qu’au final ce dont j’ai envie c’est 1: ne rien faire 2/ a défaut être dans le faire, dans l’opérationnel. Cela prend moins la tête et c’est comme planter des tulipes, on est content quand elles fleurissent.
Mais évidemment, on constate que j’ai du métier. Que je sais résumer une idée en une phrase simple. Que je sais faire des notes faciles à comprendre sur des sujets prétendument complexes. Simplifier la complexité à toujours été mon adage (sauf pour moi et ma vie). Je sais me taire, je ne ramène pas ma fraise quand je n’ai rien à dire. Je sais trouver un chemin (un compromis mou le plus souvent) quand personne ne bouge. Et surtout j’exécute sans état d’âme (tant au fond je m’en fous).
Et donc les scénarios de la suite se construisent. Rien ne m’est promis, tout semble pour autant possible tant il y a de besoins et personne pour faire le taff, ce qui me parait dingue. J’aurais fait ces derniers mois absolument tous les edl (éléments de langage pour les non initiés) et les plans correspondants alors que ce sont des sujets pourraient/devraient mobiliser la crème de la technostructure. Bon y a évidemment une couille dans le potage (je viens de redécouvrir cette expression et j’aime bien) mais quand meme.
Suis je pret à garder mon calme en toute circonstance, à exécuter méticuleusement (et froidement) les cibles, à travailler 12h par jour? Je crois que oui. Je crois que je ne suis pas pré retraité. Je me dis que c’est la dernière fois que le plat peut passer. Le seul truc non négociable pour moi ce sont les week ends dans le sud. Mais retrouver le TGV du vendredi et du lundi matin m’épuisent je le crains par avance.
En fait, bien plus que le pouvoir, le truc qui me motive c’est la thune. C’est horrible je sais mais c’est la base de ma liberté. Ne pas chipoter 3 mois parce que j’ai envie dun truc (et après la cocotte, je viens de commander un robot tondeuse qui était la priorité absolue de ce week end de début de printemps; dire qu’il y a y 20 ans, cela aurait une écharpe Dior. Je crois que c’est moins cher).
Que retrouver un tel job, c’est la base de ma fin de vie tranquille. Mais c’est aussi de base la fin de ma vie tranquille. Sauf que je ne peux que constater que je n’ai rien à faire. Un mari qui vit sa vie. Un chien (hélas) qui vieillit (à noter que je n’ai pas mis hélas sur le point précédent). Pas de hobby. Pas de gosse. Qu’ai je d’autre à fin que d’etre un vieux ringard qui cherche à se refaire? Qu’ai je à perdre? Le soleil? Je crois que ce n’est pas grave depuis que j’ai résolu l’équation et que je sais que je reviendrai ici pour y vivre quand je serais une vieille blonde décatie (c’est bientôt).
Alors oui, je sais que j’idéalise Paris, que je ne suis pas Amélie Poulain. Mais rester ici jai l’impression d’etre enterré vivant. Et c’est pire.
Et surtout, si je franchis le pas, je crois que pour une première fois de ma vie, ce sera par réel choix. Pas pour fuir. Pas pour voir si l’herbe est plus verte. Je sais désormais qu’elle ne l’est pas.
D’ici fin mars, tout cela devrait etre plus clair.
Sans lien, autre sujet ma mère. Je l’ai récupéré samedi à l’Ehpad. Ce sont des heures qui comptent triple. Tout n’est que reproche, chantage, menace dans ses moments de lucidité. Cela m’a épuisé et je l’ai ramené plus tot. Elle voulait descende de la voiture en marche. Heureusement elle est tellement amortie que je suis plus rapide qu’elle. Je ne sais pas ce que je faire pour mériter cela et comment je fais pour la supporter encore et encore pris dans ce face à face mortifère. Le lendemain, elle a réussi à m’appeler et s’est excusée me disant que toute sa vie a été un calvaire. Elle a parlé de ses parents qui n’ont pas su l’aimer. Elle les a traité de gros cons (ce qui est assez injuste envers sa mère mais qui n’était pas faite sans doute pour la maternité).
Samedi soir j’ai partagé tout cela avec JP qui la connaît depuis 35 ans. Je lui avais envoyé le matin une courte vidéo de ma mère à l’Ehpad perdue en train de chercher ses vêtements? Lui qui l’a connu pin up, avec laquelle il a fait des escales à portofino et ailleurs, il a montré cette vidéo à sa mère (qui a un an déplus que la mienne) et m’a dit que tous les deux avaient pleuré. Cela m’a touché et m’a permis de dresser un regard plus précis sur ce qu’elle endure et de fait moi aussi. Je lui souhaite très vite Alzheimer.



Je comprends que tu ne veuilles pas t’enterrer vivant !