Une cagole, authentique.
Martine disait quand c’est flou c’est qu’il y a un loup.
Je l’aimais bien, Martine, meme si je pense qu’il est impossible de travailler avec elle. S. mon ex a été 3 ans à ses cotés à Lille et en est sorti essoré et il a une résilience hors du commun.
Et bien ici, les loups ont pris possession et un brouillard épais règne désormais.
Au risque de la prétention, je crois que comme moi, il faut avoir le cuir épais, disposer d’une certaine capacité à naviguer en eaux troubles pour ne pas dire marécageuses et une capacité de production de notes au km qui soient à peu près claires.
Tout cela m’épuise un peu. Je ne fais qu’un 8h30-18h30 mais je sors de là lessivé. L’âge? Il y a 20 ans, je fais du 8-22h tous les jours en Cabinet.
Impossible de bouger le soir. Impossible de me faire à manger (un truc qui ne soit pas déjà préparé). Impossible de ne pas finir par m’endormir dans mon canapé. Impossible de ne pas me réveiller à 3h du matin en construisant des scénarios et de me promener ensuite avec des poches sous les yeux.
Mon besoin de comprendre les organisations, mesurer à quel point l’homme crée des machines qui ne sont plus arretables ensuite et qui le broie, tout cela anime mon désir de malgré tout décrypter, analyser. Pour cela en principe, il faut des sparring partners et là je dois bien dire que je suis à peu près entre moi et moi tant je n’ai confiance en personne et que la règle de soi est chacun pour sa gueule.
Aujourd’hui j’ai compris un peu mieux le mode d’emploi. La chaîne de décision. Note. Parapheur. Retour 3 semaines après. Avec des instructions d’une nouvelle note. Je suis revenu à ma première expérience de Cabinet où mon job était de faire des notes de moins d’une page où le décideur n’ait plus qu’à écrire oui dans la marge sur des sujets imbitables. Ce retour m’a fait pleurer. Je suis revenu presque 30 ans en arrière. Je ne veux plus faire cela.
D’autant plus que je suis supposé faire faire. Mais pour cela il ne faut pas avoir des ânes incapables de faire une note. Ils savent faire des choses et ont découvert l’existence de chat gpt ce qui améliore un peu les choses. Mais aucune dimension stratégique, politique. Les seuls indicateurs sont bcp/pas bcp et souvent/Pas souvent. Pas super tangibles.
Et donc pendant que le mistral souffle à travers mes tomates qui poussent, j’en suis là. Travail de merde. Besoin de bouffer à la fin du mois. Et à l’heure ou je deviens chaque jour de plus en plus un survivant tant la purge est profonde, je me dis que tout sera bien. Rester. Partir. A un moment il faudra relever la tête et ne plus subir.
Je ne peux rentrer plus dans les détails mais, alors au final qu’avant j’étais peinard, mon tel sonne non stop pour des demandes dont je ne sais pas le pourquoi, ni ce que devient l’information, à quoi elle va servir. Et que tout cela est au final une agitation qui finit par donner quand on s’éloigne un peu, une vision. Comme du pointillisme. Chaque demande n’a aucun sens individuellement mais petit à petit le fonctionnement apparaît.
Demain, entretien pour ailleurs. Je ne sais pas si c’est ouvert ou si je suis la caution d’une décision déjà prise. Tout est possible. Cela se mesure en principe assez vite à l’intérêt porté ou pas et le caractère approfondi ou expédié de l’entretien. J’ai envie d’y croire (un peu). Mais est ce que ce n’est pas pour pire? Mon psy, dont je deviens dépendant je le crains, dont je crois que je cherche l’approbation, s’interroge sur l’intérêt de quitter un écosystème ici dans lequel je surnage pour un autre qui pourrait présenter les memes caractéristiques en pire (selon lui. Mais sur ce point je crois qu’il manque d’objectivité : son ancrage ici je crois le conduit au regard d’une bimbo sur une cagole. Et moi suis plus cagole tant je peux dire que je hais ce décor de carte postale de la Côte d’Azur et la vulgarité qu’elle accueille. La cagole a un coté plus authentique. Chaque ongle a une couleur différente mais il n’y a pas ce dégradé en plus qui veut faire élégant et ces petits dessins par dessus. Ca déborde un peu sur la peau.)
J’ai préparé avec chat gpt, il est pas mauvais pour les questions à la con. Il suggère que j’ai un « sur profil », une image qui peut etre trop parisienne ou intellectuelle et qu’il faut rassurer là dessus. Suis à deux doigts de me faire les ongles des mains en bleu pour qu’ils constatent la rusticité en moi!
A date, seul truc en vue, faut bien dire que cela ne se presse pas au portillon. L’effet du grand age je le crains. Et donc voilà, je suis quand meme obligé de me dire « mon gars tu en là » (et en plus tu as bouffé des trucs italiens au citron c’est pas avec ca que je vais perdre mes 4 kilos, quoique ca peut contribuer au coté bon beauf rassurant avec qui tu te dis que tu peux aller faire une cote de boeuf le dimanche. Bon évidemment manque Madame).
Voilà la chimie aide un peu tout ca bien sûr. Et puis je vais passer 4 jours chez moi dans la sidérante beauté du Luberon au printemps. Ca rend le temps passé ici, plus relatif, plus absurde encore aussi.
Je supporte de moins en moins en moins les artifices, moi qui n’est été fait que de cela pendant si longtemps. C’est libérateur, faut juste pas montrer trop que je suis passé dans le « je m’en fous ». Cela apprend la patience aussi face à la vanité des gens. Je les regarde s’exciter.
Juste envie de trouver le calme aussi la nuit.
Juste envie d’avoir un camping car et de partir lentement sur les routes (c’est P. qui conduit, moi je déteste ca, je m’ennuie trop).
Juste envie de me rouler dans l’herbe avec P. mon toutou.
Et ca, au moins ca, c’est demain soir.
L’avantage du mois de mai (et pour preuve de ma psychorigidité de l’agenda, l’année prochaine les 1er et 8 mai sont des samedis. Comme le 25 décembre et le 31 janvier. Cela s’appelle une année sans).



Je te souhaite de trouver un espoir demain ! Faut toujours y croire, on a toujours des bonnes surprises… (bon d’accord, ou pas …)