Bon, je dois en etre à la cinquième version de ce texte car Substack ne garde pas mes brouillons. Ou je ne sais pas faire, le résultat est le meme.
J’ai donc passé 4 jours sur la plage, sous un parasol donc, à regarder la mer. C’était assez vide et c’était donc comme toujours parfait. Je ne sais pas vraiment ce qui rythme ma vie de cette façon pavlovienne. Encore et toujours revenir aux memes endroits. C’est familier et cela me rassure je crois. Et donc depuis toujours, je viens à Pampelonne et je ne sais pas me situer dans le temps, je vois bien que les parkings ont changé, que les plages privées aussi mais cela me ramène je crois aux années 70 et 80 quand enfant et adolescent, je courais sur cette plage. Je ne sais plus si je me souviens ou si ce sont les quelques photos de cette insouciance qui me font reconstituer ces moments. Bon évidemment, depuis, la chair a bien flétri!
Dans ma reprise aujourd’hui, le principal fait saillant est la séance chez mon psy. Le reste est absolument sans intérêt et comme d’habitude, je ne suis allé ni marcher, ni à la plage et encore moins au sport.
J’ai donc, à ma façon de penser, faite de balances en recherche d’équilibre, d’équations à résoudre et de rationalité à marche forcée quitte à faire rentrer des ronds dans des carrés, résumé (ou plutôt tenter de résumer) où j’en suis.
En synthèse, est ce que je préfère ma simplicité logistique ou est ce que je préfère de la complexité intellectuelle? C’est un peu binaire j’en conviens mais c’est ça pourtant.
En gros, ici, à Nice, comme je l’ai déjà dit ma vie est simple et relativement confortable. Je vois les gens de loin depuis ma voiture. Je pars le jeudi soir dans ma cambrousse. J’ai un appartement avec une vue de nid d’aigle qui me permet d’etre en ville sans y etre vraiment.
La contrepartie c’est que je ne connais personne (je n’ai pas essayé non plus), je m’ennuie ferme, je manage des ânes, j’évolue dans un écosystème toxique, le contenu de mon taff n’a à peu près aucun intérêt, je suis totalement seul pour la plupart des décisions.
A Paris, le taff sur lequel je joue la montre est incontestablement complexe. Avec un écosystème de gens brillants, sans doute bien plus que moi, à tout le moins incontestablement plus jeunes. Paradoxalement, je n’ai pas peur de ne pas etre à la hauteur. Sans doute un petit complexe de supériorité mais j’ai toujours su m’habituer à des attentes fortes et ai toujours eu (parfois trop) confiance en ma capacité à simplifier la complexité et de ce fait etre au niveau. Pour autant, beaucoup de taff, sans doute parfois ingrat, pris dans une chaîne hiérarchique de jeunes brillants en quête de sens. Sans aucun sens politique, au contraire de moi(quoique 41,52%).
Mon psy me demandait si j’allais etre avec des gens créatifs. J’ai dit non, le meme écosystème btpiste que je connais depuis 30 ans. Du pur rapport de force sur des projets complexes. Ca fait pas rêver mais c’est sans doute là ma valeur ajoutée. Un non est un non quelque soit l’approche prise. Et donc forcément, quel sens de retrouver ce petit monde que j’ai quitté il y a bientôt trois ans.
Clairement si j’avais 45 ou 50 ans, je pense que je ne devrais pas hésiter et prendre ce poste. Hélas (peut etre au hélas, je ne sais pas) à cette époque, les aléas de ma vie professionnelle m’avaient conduit à faire tous les rollercoasters du monde et à faire bosser tous les crevards de la place de Paris (et y en a bcp, je l’ai déjà dit ici, allant de la gestion de crise du Sofitel à l’empêchée du G7, les taxis). Parce que c’est une réelle opportunité, un vrai poste sérieux moi qui ai toujours fait semblant. Et aussi, comme me dit S. qui connaît (et réussit) dans ce monde bcp mieux que moi), c’est un tremplin transformable en opportunité à court terme.
A court terme, modulo le fait que j’aurai 56 ans en septembre. Est ce que l’on promeut quelqu’un à 60 ans? Je crains que non. Et donc c’est quoi le truc? Cravacher non stop jusqu’à la retraite?
Et surtout, ma logistique et sa complexité parisienne. Retourner à Paris, prendre des tgv toutes les semaines avec les retards et budgets liés, etc. Je tiendrai combien de temps? j’ai fait cela pendant 10 ans avant de venir à Nice, j’étais épuisé. Et donc est ce que le poste vaut de sacrifier, malgré tout, mon petit confort bourgeois? J’ai envie de dire oui bien sûr mais en vrai je n’en sais rien.
Puis l’âge, c’est par rapport au taff mais aussi par rapport à la vie à Paris. Ce que je vais dire est hyper cliché mais quand j’en suis parti, le plus souvent je constatais (sauf à bastille ou Garnier) que j’étais le plus vieux. Ca ne s’est pas arrangé forcément. Et je n’ai aucune envie de me promener avec mon casque au bras, de plonger dans le canal ou de boire des matcha latte (je ne sais meme pas ce que c’est). Je me suis installé en 1991 à Paris pour mes études; la plupart des gens ici n’étaient pas nés. Quel sens d’y retourner en vrai? Le théatre? Oui. J’y serait moins seul? Non.
Bien sûr, la thune aussi et on a compris à quel point je l’aime (et que mon compte en banque a un trou quelque part qui absorbe immédiatement toute entrée). En gros je peux gagner la meme chose qu’ici ou légèrement moins, tout cela étant lié à des questions de statut de grade etc. Alors évidemment c’est un annuel brut à 6 chiffres (et donc je ne veux faire pleur personne je sais bien) mais mes charges ne seront pas les memes. Ce qui veut dire concrètement que pour tenir à flot, faut piocher dans la thune de ma mère. Est ce un vrai problème? Sans doute pas au regard de mon age et de l’absence d’héritier. Mais je vis dans la panique absolue de manquer depuis toujours.
Evidemment je pars en conjectures.
A minima, ce poste m’aura aidé à redresser la tête et me dire que je ne suis pas condamné à vivre avec des ânes bâtés sauf si c’est mon choix.
Enfin, mon choix rien n’est moins sur. J’ai demain une réunion déterminante. Avec trop de monde pour que ce soit mon heure. Mais la façon dont je serai traité sera un bon indicateur de la suite ou pas.
S. dont j’ai parlé plus haut (un ex que j’ai passionnément aimé mais qui n’a pas quitté son mec pour moi) et qui est un parfait analyste de la situation, dit qu’il n’y a pas photo et qu’il faut y aller. J’ai grande confiance en son analyse tant il est intelligent. Mais il ne vit pas ma vie au quotidien.
P. qui la connaît mieux, bcp mieux, est très négatif. Il a peur je pense que je parte en vrille. Et dresse le constat que depuis 20 ans que l’on est ensemble, de toute façon, aucun job ne me convient au bout de trois mois. Pourquoi celui ci serait différent? Et il sait lui aussi le poids du tgv chaque semaine. Je ne peux pas lui donner tort.
JP. enfin s’abstient de tout conseil. Il pense je crois que je vais y aller et que je serais parti dans six mois. Il m’écoute avec ses grandes oreilles. Il partage avec moi l’espèce d’incrédulité de ne pas s’épanouir dans un environnement qui est beau.
Voilà. Les prochains jours seront déterminants. Je n’ai aucune envie en vrai de décider (mais plutôt de me bourrer la gueule).
Ou de jouer à pile ou face.
Ou plutôt de gagner au loto ou à Vegas.
Rien ne va plus.



