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Take off.

Because I’m worth it.

Une fois n’est pas coutume, je suis à Nice un jeudi soir.

Non pas que j’ai l’intention d’aller travailler demain mais je vais passer 4 jours avec P à Pampelonne comme chacune année en juin et septembre, avant et après les hordes de touristes. C’est devenu un rituel désormais depuis pas mal d’années. Parce que j’ai grandi sur cette plage, parce que cela me permet de faire mon petit rituel au cimetière de Gassin, parce que les chiens sont admis et surtout parce que c’est beau, meme si les hélicoptères désormais viennent souvent interrompre le calme.

J’ai de plus en plus de mal à établir des frontières, des limites, des moments avec un début et une fin, meme si c’est précisément le cas de ces longs week ends. Je n’arrive pas totalement à comprendre pourquoi la vie n’est pas cet hédonisme continu. Pourquoi je ne passe pas ma vie à conduire pied nu une méhari sur les routes du coin sous le soleil (ok ca fait un peu gendarme).

Je suis né pour tenir négligemment un négroni au bout de mon bras et que l’indolence me fasse (temporairement) oublier de le boire.

Et pourtant putain la plupart du temps j’en suis loin. J’évolue dans un monde rugueux, empreint de violence, qui, je le crains, me vide. On est plutôt rosé qui tord l’estomac que cocktail. « Rosé piscine » comme disent les ploucs d’ici.

Si j’avais eu des gosses, je voudrais qu’ils soient luthier, menuisier, carreleur, chanteur. Un truc où la seule chose à vendre ne soit pas la bande passante de son cerveau. J’ai le sentiment de faire la pute avec mon cerveau car c’est tout ce qu’il me reste et que je n’ai aucun talent manuel et/ou artistique susceptible de générer un revenu. Et l’âge venant, c’est comme les dernières putes sans age de la rue saint Denis (quoique désormais la boboisation a gagné), y a un moment faut arrêter.

Mon téléphone aimant me ramener des souvenirs, il y a dix ans jour pour jour j’étais à Vegas en train de jouer à la roulette. C’est facile et totalement addictif. Quand je vois ma vie qui va désormais du 06 au 84 en passant par le 83 et le 13, on peut dire que sur une carte de la terre représentant mes mouvements, je suis désormais quasi immobile. J’ai fréquenté cette ville pendant presque 10 ans deux à trois par an. J’y ai vu tous les spectacles possibles de céline D à Brytney S. C’était mon taff. J’ai joué, beaucoup, j’y connais tous les hotels (et ai baisé dans tous les autres). Je ne pense pas y avoir été jamais à jeun. Je déteste le strip à pied où comme sur la prom ici on se trouve face aux vrais gens. Et aux US, c’est pas un cadeau. Je garde dans ma mémoire un souvenir très précis des moquettes du whynn.

Dire que ma vie a changé est un euphémisme. Suis je plus malheureux, non? Pendant longtemps, le fait de moins voyager a été vécu comme une punition. Désormais quand je vois le monde dans les aéroports, cela me fait fuir (faut dire qu’on les voir de plus près quand on voyage en bétaillère).

Je suis resté joueur cependant. Pile ou face dirait Corine Charby. Et aujourd’hui alors que l’on me disait etre favorable à ce que je reste, j’ai répondu « je vous remercie ». Rien de plus, pas j’accepte, pas cela me fait plaisir. Rien. Je sais bien que je vous au jeu du chat et de la souris et que je ne suis pas le matou (plutôt le vieux rat). Mais je n’ai pas envie de dire oui. Pas tout de suite, pas comme ca. J’ai un prix, meme avec mes heures de vol.

Et donc je veux avoir le choix. Échange aujourd’hui pour un poste ailleurs, encore un autre. Suite le 17 juillet. Et Paris évidemment de mardi me trotte dans la tête. Il faudrait que j’arrive une fois pour toutes : je veux un job exigeant intellectuellement ou la facilité médiocre ? Je veux Paris ou la douceur (et la solitude) du sud?

A ce stade je n’ai pas la réponse. Je penche pour la facilité. Mon psy me presse de choisir. Je dois l’emmerder avec mes circonvolutions sans fin. Il me presse de mettre en action des désirs, des éléments d’une vie pour moi, mais je n’en ai aucun.

Et quand je dis cela, ce n’est pas triste. Je le vis comme un fait. Incapable de lire un livre, d’aller à la plage, meme de marcher, de me faire la cuisine, de gérer ma logistique. La fatigue de la fin de la journée recouvre tout. Et je me dis que cette fatigue ne peut pas etre la résultante de mes journées, ni le fait que je suis physiquement fatigué.

Qui est elle? D’où vient elle? Que veut elle? Je crois que je n’en ai aucun idée.

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